Au Pays des Mirages

Travel log - Episode 10
"Coober Peddy, la Cité Maudite"
Novembre 2002

G'day!

Le 11 Novembre, en fin d'après-midi, nous avons quitté Ayers Rock et repris la route en direction de Coober Peddy, 730 km au Sud Est, à mi-chemin entre Ayers Rock et Adelaïde. Et là, stupeur et malédiction: nous nous rendons compte que nous avons un pneu à plat. Le fait en soi n'a rien d'extraordinaire, c'est presque obligatoire quand on visite l'Australie en voiture. Ce qui est stupéfiant c'est que ce soit arrivé ici, à Ayers Rock: nous avons fait plus de 10,000 km pour arriver ici, dont plus de la moitié sur des pistes défoncées, caillouteuses et mal entretenues, et il a fallu attendre de se retrouver sur des routes en bitume impeccablement entretenues à proximité de l'endroit le plus touristique de toute l'Australie pour crever!!! Stupéfiant.

A peine nous étions nous remis en route que, Malédiction! nous avons eu droit à un bon gros orage, accompagné d'une petite tempête de sable. Au milieu du désert c'est assez impressionnant, les éclairs illuminaient tout l'horizon. Cela dit il ne faut pas se plaindre, ce n'était que la deuxième fois en deux mois et demi que nous avions de la pluie. Le plus dangereux dans tout ça, c'était les kangourous. Quand il a juste plu, ils viennent en troupeaux entiers boire dans les flaques d'eau qui restent sur le bitume... tandis que sur le sol les flaques n'arrivent pas à se former, à croire que la Terre boit tout avant eux! Nous avons donc jugé plus sage de nous arrêter immédiatement, délaissant exceptionnellement notre tente pour une cabine et un toit plus imperméable.

Le lendemain, bien reposés après une bonne grasse matinée (la cabine était plus imperméable non seulement à l'eau mais aussi à la lumière du jour et aux cris des oiseaux), South-Australia nous voila, nous avons bouclé le voyage en restant bien sagement sur le bitume de la Stuart Highway (nous n'avions plus de roue de secours!) pour atteindre Coober Peddy en fin d'après midi. Une drôle de ville, Coober Peddy, avec un petit air de "fin du monde" digne de Mad Max et autres films du genre. D'ailleurs, certains épisodes de Mad Max ont été tournés dans le coin. Imaginez une petite ville poussièreuse située au milieu des déserts et cernée par des mines, des galleries souterraines et les petits tas de terre qui en résultent. Un vrai gruyère! Une ville si acceuillante que plus de la moitié des quelques 3000 habitants vivent sous terre pour se protéger de la chaleur des journées d'été (parfois plus de 50 degrés) et du gel pendant les nuits d'hiver.

Et les habitants, parlons en: des chercheurs d'opale à moitié fous venus des quatres coins du globe (si on peut dire), à la peau desséchée et aux cheveux hirsutes, conduisant de vieux 4x4 rouillés bourrés de matériel de forage, d'explosifs... et de munitions.
D'ailleurs il paraît qu'ils font régulièrement sauter le commissariat, le tribunal ou toute autre institution cherchant à mettre un petit peu d'ordre dans leurs embrouilles et leurs petites vendettas. Du Mad Max, je vous dis! Heureusement ils ne s'en prennent pas aux touristes, à quoi bon chercher de l'Opale s'il n'y a personne pour en acheter?

Pour notre part, si nous avons opté pour un camping souterrain, c'était plutôt pour nous protéger du vent violent qui balayait la ville quand nous sommes arrivés! Ca faisait bizarre de planter sa tente dans une espèce de cave, mais au bout du compte c'était plutôt confortable, mis à part le fait que les ronflements des voisins (pas les nôtres) résonnaient énormément.

Le lendemain, plutôt que de visiter la ville, nous avons préféré aller nous réfugier dans le désert. Nous avons fait une petite boucle de 300 km, visitant au passage le "painted desert", où Dame Nature a joué les artistes pour mettre un petit peu de gaieté et de couleurs sur des formations rocheuses qui s'ennuyaient au milieu du désert... Magnifique! Nous avons aussi croisé la "Dog Fence", la plus grande barrière au monde, pas moins de 5300 km de fils de fer et de piquets mis bout à bout par l'homme pour protéger ses troupeaux contre les hordes de dingos (des chiens errants qui ne seraient pas très amis avec Mickey, ni avec personne d'ailleurs). Et traversé les espaces désolés des "Moon Plains", aperçu des mirages dans le Sturt Stony Desert (un désert de cailloux, ça manquait encore à notre tableau de chasse). Est-ce l'horizon, de l'eau, le ciel? Puis nous avons visité la "Breakaways Reserve", nommée ainsi par ce que les montagnes qui la composent semblent s'être "échappées" de la chaîne de montagne environnante, les Stuart Ranges.



Coober Peddy, à défaut de charmes, ne manquait pas d'attractions, que nous avons exploré les jours suivants.

"Exploré" est bien le mot, car elles sont toutes souterraines! Des églises, érigées (ou plutôt creusées) en l'honneur des différents dieux auxquels les Old Timers (comprenez, des chercheurs assidus qui creusent depuis pas mal de temps) viennent quémander bonne fortune dans leur quête. Et des musées, expositions et boutiques d'opale.

Ah si, il y a une activité à Coober Peddy qui n'est pas souterraine: aller farfouiller dans les tas de gravas retournés par les pelleteuses. Ils appellent ça "noodling", c'est sensé être dérivé de je ne sais plus quelle éthymologie biscornue, mais moi je crois surtout que c'est parce qu'ils nous prennent pour des nouilles! (nb; noodle=nouille en Anglais) En tout cas après Halls Creek je suis vacciné, et pis avec le soleil qui tape c'est des coups à devenir fou. Je parie que c'est comme ça que ça commence, et après tu te retrouves à rester ici et à passer ta vie sur Terre... sous terre. Très peu pour moi!

 

Enfin nous sommes allés rendre visite à Crocodile Harry, un baron d'Europe de l'Est (je ne sais plus de quel pays, pas la Pologne en tout cas) qui a passé pas mal de temps à chasser des crocodiles avant de venir s'enterrer ici dans un trou joliment décoré qu'il a baptisé "Crocodile's nest".
N'empêche que c'est devenu une vraie célébrité, et il a trouvé le bon plan: il fait payer $2 aux visiteurs, et ce sont les visiteurs qui, suivant leur inspiration et leur talent artistique, décorent son trou! Lui sa plus grande contribution se borne à exposer une collection de sous-vêtements féminins... qu'il prélève sur les visiteuses! Heureusement pour Sophie, le bonhomme (qui a quand même pas loin de 80 ans) n'était pas dans un grand jour et s'est borné à échanger quelques mots, allongé sur son lit devant la télé.

Heureux de nous en être tirés à si bon compte, nous avons sauté dans notre 4x4 et, notre pneu réparé (ce n'était qu'un tout petit trou, dû à un morceau de bois), nous avons repris la route en direction de William Creek pour rejoindre la Oodnadatta Track, qui allait nous mener aux Flinders Ranges via le Lake Eyre.

Mais ça, c'est une autre histoire!

A très bientôt! Jacques-Samuel & Sophie

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épisode 11 - bientôt